La ministre Gennez au Mozambique : Parce que la crise climatique ne connaît pas de frontières

En juin 2023, la ministre de la Coopération au développement, Caroline Gennez, s'est rendue au Mozambique pour lancer un nouveau programme de coopération. En consultation avec le gouvernement mozambicain, il sera entièrement dédié à la lutte contre le dérèglement climatique. La Belgique pariera sur un large éventail d'actions dans ce domaine.

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Mozambique - Gennez dans un studio de radio

La ministre Caroline Gennez s'adresse aux auditeurs de la radio Ke Ndlemuka. Cette radio locale informera le public en cas de catastrophe climatique imminente (© SPF Affaires étrangères).

Un pays vulnérable, mais faible émetteur de CO2


Le dérèglement climatique frappe de plein fouet de nombreux pays du sud. Le Mozambique, par exemple, figure parmi les dix pays les plus vulnérables au changement climatique. Régulièrement, le pays subit déjà des cyclones dévastateurs et des inondations, sans oublier la sécheresse. Plus récemment, en février et mars de cette année, le cyclone Freddy s'y est déchaîné, devenant en 52 jours le plus long jamais enregistré.

Cependant, le Mozambique n'arrive qu'en 174e position sur 188 sur la liste des pays ayant les plus fortes émissions de gaz à effet de serre. Les émissions ne représentent que 0,06 % du total planétaire. Il est donc légitime que des pays vulnérables comme le Mozambique demandent aux pays responsables des plus grosses émissions de gaz à effet de serre, et ainsi du changement climatique, de débloquer des fonds pour le climat. Cela devrait les aider à se prémunir contre cette crise. La Belgique s'efforce déjà d'accroître son financement en faveur du climat.

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Mozambique - Caroline Gennez

La ministre Caroline Gennez s'adresse à la presse après la signature du nouveau programme de coopération. À l'extrême droite, la ministre mozambicaine des affaires étrangères et de la coopération au développement, Verónica Macamo (© SPF Affaires étrangères).

550 000 bénéficiaires


En juin 2023, la ministre de la Coopération au développement Caroline Gennez s'est rendue dans le pays africain pour lancer le tout nouveau programme de coopération entièrement dédié à la lutte contre le dérèglement climatique. Elle y a reçu un accueil chaleureux et a pu discuter longuement avec les trois ministres concernés.

De 2023 à 2028, notre pays investira 25 millions d'euros au Mozambique, en particulier dans la province de Gaza. Environ 550 000 personnes bénéficieront des différents projets qui couvrent l'ensemble de la lutte contre le dérèglement climatique.

  • Par exemple, l'agence belge de développement Enabel travaillera avec le gouvernement mozambicain pour mettre au point une transition équitable vers l'énergie verte. Quelque 12 000 personnes auront accès à l'énergie solaire. Cette transition permet aux Mozambicains de réduire leur consommation de combustibles fossiles et d'émettre moins de gaz à effet de serre (= atténuation).
     
  • Il est également impératif d'aider les populations locales à s'adapter aux effets négatifs inévitables du dérèglement climatique, tels que la sécheresse (= adaptation). Ainsi, nous améliorerons les systèmes d'irrigation — alimentés par l'énergie solaire — d'environ 3 500 personnes afin qu'elles puissent irriguer leurs champs plus efficacement.

    D'ailleurs, Enabel avait déjà installé une série de pompes à eau à Gaza. Elles étaient aussi alimentées par l'électricité produite par des panneaux solaires. En effet, la plupart des habitants n'ont pas accès à un réseau électrique (fiable). Dans les endroits privés d'eau souterraine utilisable, Enabel a installé des unités de dessalement alimentées par des panneaux solaires. Cet accès à l'eau potable a rendu la vie beaucoup plus confortable pour 55 000 personnes et leur bétail.
  • La gestion des déchets et l'économie circulaire font également l'objet d'une grande attention. Il faut gérer les déchets de manière professionnelle, les réutiliser et les recycler autant que possible. Enabel participera à la construction des unités de recyclage dans deux provinces. Par province, le gouvernement mozambicain souhaite disposer d'au moins un site d'élimination des déchets correctement géré.
     
  • La question des pertes et préjudices (« loss & damage ») est également abordée. Ce sujet reçoit beaucoup d'attention lors des sommets sur le climat. En effet, les pays pauvres et vulnérables attendent un soutien pour les pertes et les préjudices qu'ils subissent en raison des perturbations climatiques causées principalement par les pays riches. Le programme de coopération avec le Mozambique prévoit 2,5 millions d'euros pour un certain nombre de projets pilotes concernant les pertes et préjudices.

    En collaboration entre autres avec l'Institut mozambicain des catastrophes, la Belgique mettra en place des systèmes d’alerte de la population à l'approche d'un désastre climatique tel qu'un cyclone. Des abris seront également construits et l'on veillera à protéger les infrastructures critiques telles que celles liées à l'approvisionnement en eau et en électricité.

    Au cours du voyage de la ministre, la visite d'une radio locale (Ke Ndlemuka = réveil) a illustré cette approche. Ke Ndlemuka joue un rôle clé dans ce système d'alerte précoce. En particulier, elle informe le public à temps lorsque des catastrophes climatiques telles que des cyclones ou des inondations sont imminentes. De plus, elle diffuse des informations sur la manière d'éviter le paludisme et le choléra après un cataclysme. En cas de catastrophe imminente, les résidents peuvent se réfugier dans un abri d'urgence situé en hauteur (en cours de construction).

    En outre, la Belgique réalise une première en matière de rééchelonnement de la dette au Mozambique, notamment par un « debt-for-climate swap » ou échange dette-climat. Un peu moins de la moitié de la dette restante du Mozambique envers notre pays – 2,5 millions d'euros – sera annulée en échange d'investissements dans des projets en faveur du climat.
     
  • Le programme aidera également le gouvernement mozambicain à mobiliser un financement suffisant destiné à mettre en œuvre les plans climatiques du pays et à le faire évoluer vers une économie à faible émission de carbone respectueuse du climat.
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Mozambique - Unité de dessalement

La délégation a visité une unité de désalinisation installée par Enabel (© SPF Affaires étrangères).

Institutions internationales et ONG


Notre pays aide également le Mozambique par l'intermédiaire d'organisations multilatérales et d’ ONG belges. Les visites de la ministre Gennez au cours de la mission éclairent sur l'exhaustivité de notre approche du problème climatique au Mozambique.

  • Notre pays soutient le SOFF, le mécanisme de financement pour l'observation systématique du temps et du climat de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) siégeant à Genève. Le SOFF résulte d'une initiative du Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, visant à installer des systèmes d'alerte précoce dans le monde entier (Systèmes d'alerte précoce pour tous). À cette fin, le SOFF investit dans de nouvelles stations d'observation météorologique dans 26 pays, dont le Mozambique, y compris à haute altitude. Les stations sont largement numérisées.

    Le SOFF vise ainsi à combler les lacunes dans notre observation des modèles climatiques à l'échelle mondiale. La ministre a visité l'Institut météorologique national, l'équivalent de notre Institut Royal Météorologique. Il se concentrera encore davantage sur les prévisions météorologiques qui aident la population à réagir de manière appropriée à des conditions météorologiques extrêmes.
     
  • La ministre a également visité la fonderie d'aluminium Mozal, le plus grand employeur du Mozambique. Ce secteur représente 13 % du PIB du Mozambique. Une part importante des exportations de barres d'aluminium est destinée à l'UE, en bénéficiant jusqu'à présent d’une franchise de droits d'importation. Toutefois, pour réduire ses émissions de carbone, l'UE a mis au point un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) . Elle souhaite ainsi imposer une taxe carbone aux industries les plus émettrices de CO2. Par exemple, la sidérurgie et les industries des engrais, du ciment et de l'aluminium. En substance, à partir de 2026, les importateurs de produits finis dans l'UE devront payer une taxe carbone sur les émissions de carbone de leurs importations, à moins que cela n'ait déjà été fait dans le pays de production. Une période de transition s'étend d'octobre 2023 à la fin de 2025.

    Lors de sa visite, la ministre Gennez a voulu comprendre l'incidence potentielle du MACF sur l'entreprise Mozal. Pour décarboner ses activités, celle-ci devra s'appuyer fortement sur les énergies renouvelables. Notre pays souhaite aider l'industrie des nations les moins développées dans ce domaine. Nous faisons également pression pour que le secteur privé et les banques d'investissement de l'UE soutiennent la transition vers les énergies renouvelables dans ces pays, y compris le Mozambique.
     
  • Avec LoCAL (un mécanisme de promotion de communautés et d'économies locales armées contre le changement climatique, le Fonds d'équipement des Nations unies (FENU) vise à rendre les communautés et les économies locales plus résistantes au dérèglement climatique. Pour ses projets au Mozambique, le FENU-LoCAL recevra 4,8 millions d'euros de notre pays. La ministre a visité une école secondaire nouvellement construite (1 329 élèves, 18 enseignants) qui peut résister à des conditions climatiques extrêmes. Par exemple, l'école dispose d'un toit et de fenêtres résistants aux cyclones et une collecte d'eau est prévue. De même, l'édifice a été construit plus haut que la zone environnante pour éviter les inondations, etc.

    Le soutien de la Belgique a eu un effet boule de neige et d'autres pays se sont joints à elle. Actuellement, LoCAL touche déjà trois millions de personnes, soit près de 10 % de la population du Mozambique.
     
  • L'ONG belge FOS a fait la démonstration d'un champ horticole durable qui résiste bien au dérèglement climatique.
     

« Nous devons agir ensemble »


À bien des égards, la coopération belge aide donc le Mozambique à s'armer contre les effets du dérèglement climatique et à y contribuer le moins possible. Il est déjà encourageant de constater que les mesures prises jusqu'à présent sont réellement utiles. Par exemple, le cyclone Freddy, extrêmement violent, a fait considérablement moins de victimes et de dégâts que les cyclones précédents Idai et Kenneth.

Le programme de coopération donnera également au pays la possibilité de lever des fonds supplémentaires ailleurs. Par exemple, Enabel aidera le Mozambique à se préparer à un financement du Fonds vert pour le climat (FVC), le Fonds des Nations unies pour le climat. Toutes ces activités s'inscrivent parfaitement dans les plans climatiques ambitieux du gouvernement mozambicain.

Lors du sommet sur le climat COP28 qui se tiendra à Dubaï à l'automne, le Mozambique et la Belgique mettront en avant leur coopération dans le cadre d'un événement parallèle. L'échange dette-climat y sera proposé comme une approche innovante du rééchelonnement de la dette.

Tous ces efforts sont indispensables, y compris pour notre bénéfice. Comme l'a déclaré la ministre Gennez lors de sa visite, « la crise climatique ne connaît pas de frontières. Aucun pays ne peut y faire face seul. Si nous voulons vraiment nous attaquer à la crise climatique, nous devons le faire ensemble. »